Trois ans après son ouverture, Badi passe du bar à cidres au restaurant affirmé, avec une carte de cuvées pointue. Depuis janvier 2026, il est désormais possible de réserver : un vrai tournant pour cette adresse bruxelloise, longtemps fidèle à la fluidité du passage libre.
Tous deux Bretons, passés par Vatel Brussels, Victoria Merret et Maxime Bourdigal se destinaient à l’hôtellerie de luxe. Mais très vite, quelque chose grince. Trop de brillance, pas assez de sens. Ni une ni deux, ils prennent la tangente, en quête de service vrai et de produits justes. Et puisque l’endroit rêvé n’existe pas, ils le créent, après cinq mois passés au Japon à scruter les menus détails des comptoirs et explorer le potentiel gastronomique du cidre.
Du luxe à la lucidité
Dès ses débuts, Badi met l’accent sur le cidre – un breuvage méconnu, parfois mal compris, souvent cantonné au folklore. En sommeliers qui se respectent, Victoria et Maxime rencontrent chaque producteur, explorant vergers, terroirs et variétés de fruits. « Là où les cidres bretons et normands se déclinent avec leurs codes traditionnels, celui de Matthieu Dupont (Pellicle Vergistingen) se distingue à coups de macérations, cofermentations et assemblages libres, dans un style moderne et singulier, nourri par la culture gueuze et lambic belge », souligne le couple. Il y a un an et demi, ils signent une cuvée ensemble, une expérience qu’ils n’ont pas fini de réinventer.
L’évolution vers une proposition plus gastronomique s’est faite sans déclaration tonitruante, en complicité avec le chef Paul-Antoine Bertin (Ötap, Rebel à Bruxelles). Maxime s’installe aux fourneaux et Badi gagne en précision. La réservation, quant à elle, ne relevait pas de l’évidence : le duo aimait la fluidité, le va-et-vient spontané. Mais beaucoup de clients cherchaient à sécuriser leur place. « Se cacher derrière l’étiquette bar nous arrangeait. La réservation change le regard : elle crée une attente et propulse Badi dans un autre registre. Ça nous faisait un peu peur, mais aujourd’hui, on l’assume pleinement. »
Victoria et Maxime, passionnés de design et d’architecture, ont pensé Badi comme un prolongement de leur vision. « Bois, pierre, chaux : des matériaux bruts, naturels, choisis pour leur présence et leur chaleur. L’artisanat s’invite partout, dans les murs comme dans le verre et l’assiette. » Le comptoir en travertin structure l’espace et les échanges, combinant inspiration nippone et clin d’œil aux bars populaires belges ou français. Quant à la lumière, douce, jamais écrasante, elle épouse la teinte dorée du cidre, ses bulles fines et son énergie vivante. Parce qu’il le vaut bien.
BADI.
80, rue de l’Hôtel des Monnaies,
1060 Saint-Gilles.
Badi-brussels.com