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« Je voulais qu’on se sente immédiatement bien, sans trop savoir pourquoi. Et que le lieu parle sans s’imposer. »

Comment est né ce projet singulier ?

Il s’avère que j’ai réalisé ce projet pour ma sœur qui est la propriétaire des lieux, ce qui change forcément la manière de l’investir. Dès le départ, on savait que ce ne serait ni un hôtel traditionnel, ni un simple bed & breakfast. Il fallait créer un lieu à part, hybride, accueillant mais pas formaté. Cortijo Genesis, comme son nom l’indique, est un lieu de recommencement. Il y a cinq chambres, chacune pensée comme une entité autonome, un terrain avec des chevaux, un potager en permaculture… C’est aussi un lieu de retraite où l’on peut organiser des sessions de yoga ou simplement venir se reconnecter à soi. Un refuge, au sens fort du terme.

Comment avez-vous abordé l’aménagement de cet espace ?

J’avais envie que chaque chambre soit un monde en soi. Nous avons associé chacune des pièces à une couleur et à une pierre semi-précieuse – cornaline, lapis lazuli, citrine, aventurine…  C’était une manière de créer une vibration propre à chaque espace. Les camaïeux sont subtils mais affirmés. Je voulais qu’on se sente immédiatement bien, sans trop savoir pourquoi. Et que le lieu parle sans s’imposer.

Vous connaissiez déjà cette région d’Espagne ?

Pas du tout. J’ai découvert Gaucín lors de notre premier repérage, et j’ai aimé ! C’est une région encore assez brute, sauvage par endroits, mais tout proche de Marbella et de la Méditerranée. Il y a un dialogue entre sophistication et rudesse que je trouve intéressant.

Quelles étaient les forces et faiblesses du projet ?

La force, clairement, c’est le lieu. Quand on a des murs chaulés, une fontaine ancienne au centre du patio, une vue dégagée sur la vallée, on part avec une base presque magique. Le cadre fait déjà une grande partie du travail. Le défi principal, en revanche, c’était le budget. Il a fallu faire preuve d’astuce et de rigueur. On a travaillé avec des meubles parfois très simples, mais toujours relevés par un tissu de caractère, un détail inattendu, une pièce d’artisanat ou d’antiquité. Je crois beaucoup à cette tension entre le brut et le précieux. C’est ce qui rend un lieu vivant.

Nous avons aussi repéré quelques très belles pièces…

Oui ! J’adore cette table basse de Roger Capron, c’est un vrai clin d’œil au design méditerranéen des années 60. Il y a aussi un grand hamac en daim que j’aime particulièrement, des chaises venues du Rajasthan, une chaise perse, une autre en marqueterie marocaine. Deux tableaux de Gordon Hopkins qui apportent beaucoup de couleur et de rythme… Et surtout, de très beaux tapis, dénichés chez un fournisseur iranien basé à Hambourg. Je passe beaucoup de temps à chiner sur des plateformes spécialisées. C’est ce mélange, cette recherche constante d’objets uniques, qui fait l’identité d’un lieu. Je refuse l’uniformisation. Un intérieur doit vibrer, pas copier.

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« Je ne voulais pas tomber dans une lecture folklorique ou attendue de l’Andalousie. »

L’inspiration andalouse a-t-elle guidé votre travail ?

Pas vraiment. En tout cas, je ne voulais pas tomber dans une lecture folklorique ou attendue de l’Andalousie. En revanche, la proximité avec le Maroc et l’Afrique du Nord m’a beaucoup inspirée. On retrouve des influences orientales, des matières naturelles, des objets ramenés de voyages… Et aussi un clin d’œil à Palm Beach, avec ses parasols rayés rose poudré et blanc, ses contrastes joyeux, ses couleurs franches. L’idée, c’était d’invoquer une certaine douceur de vivre, sans jamais forcer le trait.

Un espace dont vous êtes particulièrement fière ?

Le salon, sans hésiter. J’ai eu l’idée de travailler le plafond en peignant les lattes de bois en plusieurs couleurs différentes, et ça a tout changé. Ça structure, ça rythme, ça donne une vraie présence à la pièce. Et puis le patio intérieur… C’est un endroit plein de charme, très simple : quelques petites tables pour le petit-déjeuner, des parasols, une fontaine. C’est le cœur battant de la maison. Il y règne une atmosphère de lenteur, presque méditative.

Vous travaillez autant sur des projets résidentiels que dans le domaine de l’hospitality. Avez-vous une préférence ?

L’hospitality, c’est plus intense, mais plus limpide. Dans le résidentiel, il y a beaucoup d’affect, d’hésitation, d’allers-retours. Dans l’hôtellerie, c’est direct : on valide ou on ne valide pas. On est dans une logique de projet, de faisabilité et de cohérence.

Vous avez aussi dessiné une collection à votre nom… 

Oui, elle s’appelle Heimat. Elle compte treize pièces, dont le canapé Wenceslas, que j’ai d’ailleurs utilisé dans ce projet. Ce sont des pièces dessinées pour durer, pour créer une sorte de familiarité dans l’espace. J’ai voulu qu’elles soient lisibles, généreuses et solides. Il y a un lien très fort entre cette collection et ma manière d’aborder l’architecture d’intérieure.

Quel est votre rapport aux vacances ?

Très ambivalent. J’aime l’idée de partir et découvrir d’autres horizons, mais dans les faits… j’adore aussi être chez moi!  Mon moment préféré de l’année, c’est juillet, quand je suis seule à la maison pendant que les enfants sont à leur camp scout et que tout le monde est en vacances. Ce silence, cette liberté… C’est mon vrai luxe ! Mais nous partons tout de même en Inde ! Ce sera la quatrième fois. C’est un pays fascinant : l’énergie, le chaos, la cuisine, les tissus, les gens, les marchés… tout m’y bouleverse. Ce pays reste plein de contrastes, parfois déroutants, mais toujours puissants. Chaque voyage là-bas me nourrit profondément, par sa richesse visuelle, humaine et culturelle.

Cortijo Genesis, La Hoya, 29480 Gaucin,

Cortijo-genesis.com