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« J’ai besoin de silence.Avez-vous déjà essayé d’écouter le silence ? On y apprend énormément de choses ! »

Demandez-lui le nom du designer d’une des chaises de sa salle à manger et vous vous retrouverez à explorer différents types de laine, à apprendre comment Rocco, le fils de Madonna, lui a commandé un de ses tapis rock’n’roll et coloré, ou à replonger dans l’effervescence de la commune de Laethem-Saint-Martin dans les années 70 et 80… Parler avec Carine Boxy, c’est un peu comme suivre un troupeau de moutons en liberté qui part dans toutes les directions, avant de se revenir là où on en était.

Le salon s’ouvre sur l’étang de baignade tandis que’une vitre bleutée atténue la frontière intérieur-extérieur. Table rectangulaire de Maarten Van Severen, table ronde de Giò Ponti, tapis de Carine Boxy, lampe de Willy Van Der Meeren. Peinture espagnole.

 

Ce matin-là, l’artiste nous accueille dans sa maison de Deurle, un lieu historique où chaque recoin porte la trace du temps et des générations de créatifs qui l’ont précédée. Autrefois, la peintre luministe Jenny Montigny y avait son atelier, et dans les années 30, c’était le terrain de jeu des arrière-grands-parents de Carine, Paul et Marie Gevaert. Cette dernière, qui a été la première femme du village à posséder sa propre voiture, passait son temps libre à remuer la terre entre fleurs et plants de fraises, tandis qu’un cheval de course nommé Prince – comme le chanteur et musicien – galopait dans les prés alentours. Aujourd’hui, c’est son arrière-petite-fille qui y fait régner une atmosophère dé jantée, avec quelques 1 700 peaux d’animaux qui parsèment la maison. Carine Boxy est surtout connue pour ses tapis organiques, assemblés comme des paysages. Tandis que l’un nous transporte sur la lune, un autre évoque les reflets de la mer et un troisième la quiétude des dunes.

Malgré sa réputation de grande bavarde, Carine Boxy préfère travailler dans le silence. « Je considère chaque tapis comme une entité à part : il comble un vide, comme un animal de compagnie. L’assemblage des nuances et des reliefs crée une sensation particulière, qui doit résonner avec l’histoire de celui ou celle qui le reçoit. C’est pourquoi il est essentiel que mes pièces soient réalisées dans le bon état d’esprit. Et pour ça, j’ai besoin de silence. Avez-vous déjà essayé d’écouter le silence ? On y apprend énormément de choses ! » Amusée, elle confie qu’elle se surprend parfois elle-même. « Chaque tapis reçoit spontanément un titre écrit à la main (Tears, Pacific…), et il arrive que des clients me confient avec émotion que ces noms résonnent avec leur propre histoire. C’est ma façon d’insuffler de l’énergie dans une maison, une sorte de lumière que je transmets. »

Cette quête de lumière a guidé Carine et son mari Stefan Boxy au début des années 2000, lorsqu’ils ont repensé la maison avec feu Maarten Van Severen et le paysagiste Aldrik Heirman. De grandes baies vitrées restaurent la clarté d’origine, tandis qu’un jardin sauvage a été créé « comme s’il avait toujours été là », reliant l’ancienne maison, l’étang de baignade et un pavillon tout neuf. Ce dernier, unique réalisation architecturale de Maarten Van Severen, rivalise avec le jardin pour captiver le regard – il est d’ailleurs transpersé par un imposant vieux chêne – et s’anime de touches ludiques, comme une salle de bain bleu vif.L’intérieur de la maison est tout aussi éclectique, avec des piles de peaux d’animaux dans l’atelier, une tête d’E.T. mobile qui épie derrière une jungle de plantes dans la cuisine et une collection phénoménale de livres sur l’art et le design.      

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« Nous adorons les meubles et les beaux objets. Côté scénographie, il n’y a pas de règle : si nous aimons quelque chose, nous le plaçons quelque part, sans trop réfléchir. »

Le couple adore les meubles et les beaux objets. « Ils forment la base, et autour, nous collectionnons chaque petit objet, aussi banal soit-il, qui a une signification pour nous. Côté scénographie, il n’y a pas de règle : si nous aimons quelque chose, nous le plaçons quelque part ici, sans trop réfléchir. »

Le résultat est un tableau vivant qui suit le rythme des Boxy, Carine n’étant pas la seule artiste de la maison. Stefan et son frère jumeau Kristof sont chefs, le fils August travaille comme producteur de musique, tandis que la fille Julia chante. Pour ne citer que quelques-unes de leurs passions. Si les murs pouvaient parler, ils trébucheraient sur leurs propres mots, tant les histoires et les anecdotes s’entremêlent. Ici, les réunions familiales se muent spontanément en concerts ou jams artistiques. Mais surtout, souligne Carine, il règne ici une totale liberté.  « La maison est suffisamment vaste pour que chacun ait son propre espace créatif. Nous avons tous les quatre fait de notre passion notre métier, chacun avec sa personnalité. La cuisine centrale est l’espace principal, car c’est là que nous nous retrouvons. Parallèlement, nous avons tous notre petit territoire personnel où nous pouvons nous exprimer. Ce sentiment d’être libre d’être et de faire ce que je veux, je le dois beaucoup à cette maison. »