Nike, Jay-Z, Smart, Taj Hotels, Hublot, Mercedes, BMW, l’équipe de football nationale des Diables Rouges… Depuis 30 ans, le photographe belge de mode et de publicité Kurt Stallaert façonne l’image des plus grandes marques à coup de campagnes mémorables. Pourtant, malgré ces collaborations d’envergure, l’homme reste d’une humilité rare. Un trait de personnalité typiquement belge ? Peut-être. Mais pour Kurt Stallaert, c’est surtout un véritable mode de vie. En privé, le photographe aspire à une existence dans la plus grande discrétion. « Avant, j’avais une grande maison ouverte, mais j’ai fini par me demander si j’en avais vraiment besoin. Pourquoi sacrifier autant d’espace et de verdure quand on peut vivre de manière plus compacte ? Je préfère rendre cet espace à la nature. »
Être invisible dans le paysage… C’est exactement ce que recherchait Kurt Stallaert lorsqu’il a emménagé il y a quelques années dans la région de son enfance, le Pajottenland. « Mon grand-oncle cultivait des fraises à Asse. Petit, je passais des heures à jouer ici… J’ai toujours rêvé d’y revenir, maintenant avec ma propre famille, et, il y a cinq ans environ, j’ai eu l’opportunité d’acheter une grange avec un terrain à adjacent. » Le Pajottenland, cette région pittoresque immortalisée par Pieter Bruegel, est d’une beauté telle que Kurt Stallaert n’a jamais envisagé d’y bâtir une maison ostentatoire.

La maison de Kurt Stallaert est quasi invisible, nichée dans le paysage de son enfance. Son jardin est le prolongement des prairies vallonnées environnantes. Mobilier outdoor fait à la main à Bali, en Indonésie – © Mr. Frank
Bassin de nage comme citerne
« Tous les architectes que j’ai contactés m’ont chacun conseillé de raser la grange pour construire du neuf. Mais ce n’était pas une option. Je ne voulais pas d’une maison envahissante, explique Kurt Stallaert. Au contraire, je cherchais avant toute chose le moyen de rester le plus discret possible, par respect pour les prairies, les bois et les collines de mon enfance. » Après de longues recherches, le photographe finit enfin par croiser la route de Maarten Van de Voorde, un architecte et paysagiste originaire de la même région. Fort de 25 années d’expérience au sein du cabinet primé West 8 Brussel urban design & landscape architecture, il s’impose vite comme l’homme de la situation : « Maarten m’a proposé de ne pas toucher à la grange et d’y intégrer un escalier menant à un tunnel souterrain relié à une habitation enfouie dans le paysage. J’ai adoré l’idée ! » Une vision en parfaite harmonie avec la philosophie écologique qu’a adopté Kurt Stallaert. Et le résultat est saisissant : lorsqu’on emprunte le chemin accidenté qui conduit à son terrain, la maison reste invisible. Ce n’est qu’en regardant le paysage depuis la grange qu’on découvre un trou pentagonal dans le sol : le puits de lumière du patio vitré du pentagone invisible. « Lors de la construction, il a bien sûr fallu excaver et drainer une partie du terrain pour couler la dalle de béton et créer un réservoir d’eau de pluie. Mais aujourd’hui, la prairie s’étire jusqu’au toit, entièrement végétalisé. L’étang de baignade fait office de citerne pour la maison. Notre maison est alimentée à 95 % par l’eau de pluie et par l’eau de source, avec près de1 000 litres qui s’écoulent chaque jour dans l’étang. Et ce n’est pas juste un plaisir pour la baignade : des chevreuils viennent aussi s’y abreuver de temps en temps. Une vision presque irréelle. »

Vue du haut, la maison de Kurt Stallaert se résume à un simple trou dans le sol. Le foyer suspendu est de la marque Focus. Une lounge chair de Roche Bobois renforce l’ambiance zen. © Mr. Frank

De retour sur ses terres natales, Kurt Stallaert vit davantage en connexion avec la nature. Le coin salon, avec son canapé modulaire Roche Bobois vintage, offre une sensation de cockpit ouvert sur le paysage. © Mr. Frank
Tout autour du patio
La maison de Kurt Stallaert incarne une véritable réflexion sur l’habitat en symbiose avec son environnement. Depuis l’intérieur, les ouvertures cadrent des vues saisissantes : la vallée de la Zenne d’un côté, un érable japonais au cœur du patio de l’autre. « Tout est ouvert ici. Nous vivons sur un seul niveau. Il n’y a presque pas de cloisons, sauf en verre. L’érable central offre un peu d’intimité dans la salle de bains, la chambre à coucher et le bureau. » Les matériaux naturels, les tons terreux et les formes organiques composent un décor qui se fond dans le paysage extérieur. Le fil conducteur est le parquet en chevrons mat et clair, présent jusque dans la cuisine et la salle de bains. Côté cuisine, un îlot coloré attire l’œil. « Conçu sur mesure par le studio de design belge Nestor & Rotsen, ce bloc en céramique et laiton a été dessiné directement sur place, afin d’optimiser la circulation intérieure. »
Fraîcheur venue du sol
Même sous terre, le photographe Kurt Stallaert a poussé sa vision circulaire jusqu’au bout, dans un souci bien entendu écologique, mais aussi pour des performances thermiques en toutes saisons. Il précise : « Comme le sol garde une température constante de 12 degrés, il ne fait jamais plus de 25 degrés à l’intérieur, même en pleine saison estivale. » L’argile qui habille les murs de la maison renforce cette atmosphère apaisante tout en faisant écho au sol argileux. Le photographe explique qu’il a préféré garder la teinte naturelle de l’argile. « Je ne voulais pas de murs blancs recouverts d’un enduit uniforme. L’argile est un matériau naturel utilisé depuis des milliers d’années dans la construction. C’est un enduit respirant, qui régule l’humidité et contrôle la température. Nous chauffons notre maison avec une pompe à chaleur. En combinaison avec des panneaux solaires, nous pouvons maintenir une consommation d’énergie très basse, ce qui est profitable. Et ici, aucun espace n’est laissé au hasard. (Je ne voulais pas d’une maison surdimensionnée.) Dans une dizaine d’années, les enfants auront quitté le nid… Ce loft compact a été conçu pour qu’on puisse continuer à y vivre à deux, sans jamais s’y sentir perdu… »