La ville n’est pas loin, mais elle semble pourtant inexistante. C’est ici que l’architecte Nelson Van Campenhout a choisi de vivre avec sa tribu, dans une maison signée Charles Van Bever. Un retour aux sources pour lui, qui a grandi dans cette commune et garde un attachement profond à son cadre verdoyant. « J’y ai passé une partie de mon enfance avant d’y revenir avec Jessica et nos trois enfants : Louis, Margot et Victoria », confie-t-il, soulignant à quel point ce lieu fait partie de son histoire personnelle.

La maison, conçue en 1971, avait été pensée pour loger les six enfants de son architecte à l’étage supérieur, tandis que son bureau occupait le bas. « La maison était déjà très belle, avec un plan bien pensé », raconte-t-il. Typique de son époque, elle se présente comme un parallélépipède largement vitré au sud, ouvert sur le jardin, tandis que la façade nord, en brique, abrite les espaces de service. Lorsqu’il s’y installe, Nelson choisit de préserver l’esprit d’origine et ses matériaux comme le bois, la brique et le travertin tout en simplifiant la circulation. Quelques cloisons tombent, des perspectives s’ouvrent, la cuisine donne sur le salon. La lumière devient l’actrice principale, révélant à chaque heure de la journée un autre visage de la maison. « Nous avons essayé de garder ses qualités mais en rendant la séquence entre les différents espaces plus fluide. Nous avons percé quelques cloisons pour créer des perspectives, désenclaver un couloir et relier le salon à la salle à manger. »

Le salon concentre donc cette logique. Pièce centrale, à la fois lieu de vie et lieu de passage, il incarne l’esprit de la maison. « Ce qui est génial ici, c’est qu’on a toujours l’impression d’être en vacances. Parfois dans une maison au bord de la mer, parfois dans un chalet autour du feu ouvert. » Le jardin prolonge cette impression. Depuis chaque fenêtre, la vue s’ouvre sur le vert et les champs alentours. À l’avant, un figuier et un érable du Japon filtrent la lumière selon les saisons. La terrasse qui entoure la maison accompagne le rythme du soleil, du petit-déjeuner à l’est au dîner à l’ouest.

Le salon de la maison avec ses canapés Bastiano de Tobia Scarpa, installés au même endroit depuis cinquante ans

 

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« Nous avons percé quelques cloisons pour créer des perspectives, désenclaver un couloir et relier le salon à la salle à manger. »

Ce goût pour l’existant, Nelson l’a hérité de son père, lui aussi architecte. « Mes frères et moi avons grandi dans des maisons transformées par mon père. On a toujours été entourés d’objets, de tableaux et de livres d’architecture dans des espaces chaleureux. Vivre dans ses maisons nous a appris plein de choses, comme par exemple créer des perspectives, faire d’une colonne une bibliothèque ou encore construire à partir de pierres trouvées et de châssis recyclés. » Une éducation faite d’observation et d’expériences concrètes, qui continue de nourrir sa pratique aujourd’hui.

C’est aussi dans cet esprit qu’il a fondé avec son ami argentin Santiago Giusto le bureau Giusto Van Campenhout, il y a dix ans. Les deux architectes se sont rencontrés à La Cambre et n’ont jamais cessé de collaborer depuis. « Nous nous sommes rencontrés le premier jour d’école et ne nous sommes plus quittés. Depuis, chaque mardi après-midi, nous avons notre réunion en visio où nous dessinons et discutons des projets en cours. » Basé entre Bruxelles et Buenos Aires, le duo revendique une approche simple : s’appuyer sur l’existant et en révéler la qualité. « Dans notre pratique, nous partons souvent de bâtiments ordinaires pour leur donner une nouvelle logique qui répond à un nouveau programme. » Cette complémentarité se traduit dans des projets menés des deux côtés de l’Atlantique…

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« Nous avons toujours l’impression d’être en vacances. Parfois dans une maison au bord de la mer, parfois dans un chalet autour du feu ouvert. »

En Belgique, la lumière et le climat imposent de jouer avec le verre et de créer des espaces extérieurs couverts. En Argentine, la construction plus directe et moins normée ouvre d’autres libertés. Deux contextes différents, mais une même idée de l’architecture : proposer une manière de vivre simple, organique.

Le bureau a ainsi livré plusieurs réalisations marquantes. À Bruxelles, la Hidden Villa, dissimulée en intérieur d’îlot à Ixelles, reprend la typologie de la villa en l’adaptant à un contexte hyper urbain : semi-enterrée, elle s’ouvre sur une grande serre qui devient une pièce à vivre en soi. À Bruxelles encore, le bureau vient de terminer un aménagement pour le Palais des Beaux-Arts, imaginé avec l’artiste Michel François, afin de redonner au Hall Horta une dimension plus hospitalière et confortable. En Uruguay, les deux comparses viennent d’achever un immeuble résidentiel de 18 appartements tournés vers la mer, coiffé d’un vaste jardin partagé sur le toit. Autant de projets différents, mais qui portent la même signature : relier l’architecture à la vie, penser les espaces comme des cadres ouverts où chacun peut y inscrire sa propre manière de vivre.

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« On adore vivre ici. J’aime l’idée de pouvoir transformer une maison au fil du temps, en fonction de l’évolution de notre vie. »

Dans sa maison de Linkebeek, Nelson applique ces principes à sa propre vie familiale. Rien de démonstratif, mais un lieu pensé pour durer, évoluer, et accompagner le quotidien. « On adore vivre ici, et j’adore l’idée de pouvoir transformer une maison au fil du temps et en fonction de l’évolution de notre vie. » Et s’il devait garder un seul élément, Nelson répond sans hésiter : « La cheminée, que Jessica m’a obligé à conserver. » Une injonction devenue évidence, et un rappel que l’architecture est aussi une affaire de chaleur et d’émotion. 

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« Mes frères et moi avons grandi dans des maisons transformées par mon père. On a toujours été entourés d’objets, de tableaux et de livres d’architecture dans des espaces chaleureux. »