Le décor est hors normes : construit peu avant 1900 – on ignore à la fois la date exacte, le nom de l’architecte et celui des artisans qui ont signé ce bâtiment parmi les plus beaux et les plus mystérieux d’Europe, toutes les archives ayant brûlé dans un bombardement en 1914, qui a miraculeusement épargné l’œuvre.
On le doit à la pugnacité des sœurs ursulines, qui ont fondé juste après la création de la Belgique une école catholique destinée à l’éducation des filles du village de Wavre-Sainte-Catherine. D’une classe unique en 1841, l’école est rapidement devenue un pensionnat accueillant, au début du XXe siècle, jusqu’à 750 élèves, pour la plupart venues de toute l’Europe, des Amériques du Nord et du Sud, d’Afrique, d’Australie, du Brésil ou du Japon, situation aussi exceptionnelle pour l’époque que le choix de l’Art nouveau pour cet espace d’accueil des parents qui venaient visiter leurs filles, souvent du bout du monde.
Cette serre spectaculaire a résisté au temps et aux guerres en raison des performances d’ingénierie qui composent sa structure : dessinée à la façon d’une cage de fonte, elle est entièrement composée de panneaux de verre illustrant un décor floral qui décline un foisonnement de capucines, inspiré de l’art japonais.
Raphaëlle Collette, maître verrier spécialisée dans les vitraux d’art, observant l’époustouflante coupole du Jardin d’Hiver, analyse les caractéristiques « rarissimes et remarquables de cette œuvre unique par ses dimensions : des dizaines de mètres carrés de vitraux, une prouesse technique, ne serait-ce que pour élaborer la structure. La délicatesse du dessin des fleurs est extraordinaire, puisqu’il est composé uniquement de verres sertis et non de peinture, comme cela se faisait beaucoup à l’époque. Certains des verres utilisés, chamarrés, opalins, ont été imprimés selon un procédé semi-mécanique, ce qui a permis de varier les textures ».
Cet esprit d’avant-garde, aussi esthétique que pédagogique, anime toujours l’école, sous sa voûte intemporellement captivante.
L’évêque de l’époque insistait pour que les établissements catholiques soient construits selon le style gothique, mais les sœurs ont voulu leur Jardin d’Hiver Art nouveau, même si ce mouvement architectural était lié à la franc-maçonnerie et aux socialistes, notoirement anticléricaux : la noblesse et la bourgeoisie, qui payaient cher l’éducation de leurs filles, en étaient friandes.
Dès le mois de juillet, l’Institut des Ursulines organisera des Art nouveau Apéros, avec visite guidée en matinée, suivie d’un concert classique et d’un apéritif, au bénéfice de projets sociaux. Programme et infos :