Ni tout à fait nordique, ni pleinement atlantique, Nantes cultive subtilement l’entre-deux : moderne sans arrogance, accueillante avec justesse. La ligne verte traverse la ville, reliant patrimoine historique et créations actuelles, comme un écho au Manoir de la Régate, où gastronomie et durabilité se mêlent à l’art contemporain.
La ligne verte
À Nantes, l’art et la culture se vivent dans la rue grâce au « Voyage à Nantes », un parcours à travers la ville matérialisé par une ligne verte. Tracée au sol, elle guide les visiteurs d’une ruelle chargée d’histoire à une architecture audacieuse. Toute l’année, ce fil conducteur relie patrimoine, musées, commerces complices et créations artistiques. L’été, le parcours s’enrichit d’installations temporaires ou permanentes, transformant l’espace public en galerie à ciel ouvert.
Le Manoir de la Régate
Aux fourneaux du Manoir de la Régate, à quelques kilomètres du centre-ville, le chef Mathieu Pérou célèbre son terroir à travers une cuisine inventive, récompensée depuis 2021 d’une étoile Michelin et d’une étoile verte, symbole d’un engagement durable. En salle, sa sœur Anne-Charlotte assure un accueil délicat, salué en 2022 par le Guide rouge. Le duo privilégie les circuits courts, les collaborations avec producteurs et artisans locaux, et une attention au détail jusque dans l’art de la table :
couteaux réalisés par un coutelier voisin, supports en bois brut pour les amuse-bouches, vaisselle façonnée sur mesure par la céramiste Ambre Hervo. Début 2025, le restaurant a été entièrement rénové par l’architecte Aymeric Masson, qui a repensé les espaces comme un prolongement de la nature environnante. Textiles sculpturaux, œuvres contemporaines et mobilier choisi enveloppent désormais les convives dans un cadre poétique.
Adeline Halot
Pour la rénovation du Manoir de la Régate, la Belge Adeline Halot (33 ans) a conçu, en dialogue avec Aymeric Masson, deux sculptures en lin et inox où la lumière se reflète et se diffuse, conférant aux œuvres une présence presque organique. Après un diplôme en architecture d’intérieur à l’ESA Saint-Luc à Bruxelles, l’envie de travailler la matière l’a conduite à entamer un second cursus en design textile à La Cambre. « On m’a directement intégrée en deuxième année, car j’avais déjà un certain élan. Mais le tissage offre une infinité de combinaisons, dont la théorie était enseignée en première année. Il a donc fallu trouver une autre voie… J’ai intégré du métal, à la fois malléable et robuste, fin mais capable de former un squelette, comme un clin d’œil à l’architecture », explique l’artiste. Installée aujourd’hui à Zaventem Ateliers, elle mesure au quotidien les bienfaits de l’énergie créative qui circule entre artistes et artisans de toutes générations, dans un lieu toujours en ébullition. Parmi ses collaborations phares, elle cite l’invitation de la prestigieuse galerie Salon 94 à New York en 2024 pour « The Lady and the Unicorn: New Tapestry », une présentation d’artistes puisant dans des traditions ancestrales pour créer des œuvres textiles contemporaines inédites. « Participer à cette exposition, qui réunissait des énergies, des démarches et des pratiques originaires de différents continents, a été un véritable honneur », se souvient-elle. L’an dernier, elle a aussi pris part à un dîner au Goetheanum, siège de la Société anthroposophique universelle de Rudolf Steiner à Dornach en Suisse, où six designers, invités par le studio créatif néerlandais Steinbeisser, ont réinventé l’art de la table pour le centenaire de la biodynamie.

Aujourd’hui, les créations d’Adeline Halot voyagent, de Courchevel à Seattle, tout en laissant de la place à ses recherches, notamment lors de séjours en Italie. © Alexander D’Hiet