La journée de Shirley Villavicencio Pizango commence généralement en toute quiétude, sans café, qu’elle ne boit qu’en milieu de journée. Elle prend d’abord son petit-déjeuner, puis s’en va conduire son enfant à la crèche, avant de filer vers son atelier. « Parfois, je feuillette un livre ou j’échange quelques mots avec mon voisin; d’autres fois, je me mets au travail sans plus attendre. Une fois lancée, je ne m’arrête plus. J’ai beaucoup d’énergie, et j’aime que tout aille vite. Je travaille surtout à l’acrylique et aux bâtons d’huile : ça sèche rapidement, et une fois sec, rien ne peut plus être modifié. Ça reste en l’état, un peu comme moi. »

Shirley Villavicencio Pizango dans son atelier à Gand. © Joselito Verschaeve. Courtesy Gallery Sofie Van de Velde & Shirley Villavicencio Pizango
Le travail de Shirley reflète ses deux univers : l’Amérique du Sud, avec ses couleurs, ses symboles, ses rituels, sur laquelle elle pose un regard européen, influencé par l’art du portrait, la composition et la réflexion. Si ses peintures paraissent joyeuses au premier regard, elles cachent souvent des histoires plus profondes, parfois douloureuses, qui évoquent la solitude, la position sociale des femmes et la réalité quotidienne des personnes non blanches. Aujourd’hui, elle explore des thèmes tels que le narcissisme, la maternité et la migration. « Beaucoup de gens sont contraints d’abandonner leurs racines quelque part. Ils tentent de les replanter ailleurs, ou les gardent en mémoire. Mon travail s’articule autour de ces thématiques. »
Depuis 2023, l’artiste est représentée par la galerie Sofie Van de Velde à Anvers, qui la suit et la soutient. « Sofie comprend ce que je veux faire, tout en me laissant libre d’explorer de nouvelles directions ». Ensemble, elles entendent donner une dimension internationale à son travail, sans entraver son approche intuitive de la création. Après deux shows dans la galerie anversoise, elles ont exposé ensemble en septembre à The Armory Show à New York, tandis qu’une autre exposition est déjà prévue chez Sofie en 2026. En octobre 2025, Shirley lancera avec le designer belge Serax une collection de vases peints à la main, tous inspirés par des fruits. Un rêve qui se concrétise: rendre son travail accessible à un public plus large. « Mes créations sont donc visibles non seulement dans les expositions, mais aussi désormais à la maison, dans la vie de tous les jours. »