Tortues marines, récifs coralliens, baobabs centenaires et villages oubliésdes circuits touristiques : au cœur de l’archipel des Mitsio à Madagascar, le lodge Constance Tsarabanjina offre une immersion dans l’une des régions les plus préservées de l’océan Indien.

Photos Céline Pécheux

À peine débarqués sur l’îlot immaculé de Nosy Tsarabanjina, sous nos yeux ébahis, une tortue marine sort de l’océan, traverse le sable encore brûlant et s’enfonce dans la végétation qui borde le rivage… Ici, la scène n’a rien d’exceptionnel. « À Tsarabanjina, les tortues sont nombreuses à venir pondre sur les plages dès la nuit tombée », chuchote notre guide. Au cœur de l’archipel des Mitsio, cette île privée de 22 hectares abrite l’une des adresses les plus confidentielles de Madagascar. Une heure de bateau depuis Nosy Be est nécessaire pour la rejoindre. Une heure durant laquelle le réseau disparaît, tout comme notre niveau de stress.

Les possibilités d’une île

Sur le ponton, Lucas Cirot, tout sourire, accueille personnellement les nouveaux arrivants. Le directeur de l’hôtel connaît son île par cœur. « Ici, les gens viennent pour ralentir, mais aussi pour découvrir un territoire exceptionnel », explique-t-il. Le Constance Tsarabanjina ne ressemble pas à un resort de luxe classique. Ici, pas de réception monumentale ni de succession de restaurants. Le lodge compte seulement 25 villas, toutes dispersées face au lagon. Construits en bois et coiffés de toits de chaume, les bungalows du sud sont installés directement sur la plage, à l’ombre des cocotiers. Ceux du nord occupent une partie plus sauvage de l’île. Accrochés aux rochers volcaniques, ils disposent d’un accès direct à de petites criques et offrent une vue magnifique sur les bateaux de pêche qui quittent l’archipel dès le lever du soleil. La vie quotidienne est ici rythmée par l’océan. À 9 heures, alors que la chaleur commence à s’installer, le centre nautique accueille les premiers amateurs de snorkeling. Les fonds marins qui entourent Tsarabanjina comptent parmi les plus préservés de Madagascar. Quelques mètres suffisent pour apercevoir poissons-papillons, poissons-perroquets, bénitiers géants et coraux multicolores. L’hôtel organise également des sorties de plongée bouteille, de pêche ou de kayak. Un peu plus loin, bien à l’écart des espaces communs, sur un promontoire rocheux face à l’océan, le spa cultive la même discrétion que le reste de l’île. Ici, pas de parcours wellness spectaculaire ni de technologies dernier cri. Le bruit des vagues est la bande-son de soins prodigués dans une cabine à ciel ouvert. Après une matinée passée à explorer les récifs ou les îles voisines, les massages de Dalia, une des thérapeutes de l’île, prennent une dimension presque mystique.

Le privilège de l’isolement

Mais limiter Tsarabanjina à ses plages ou à son spa serait passer à côté de l’essentiel… L’intérêt de ce paradis isolé réside aussi dans sa situation géographique, au cœur d’un archipel encore largement préservé du tourisme de masse. Une excursion permet ainsi de rejoindre Nosy Komba, connue pour sa forêt tropicale, où les lémuriens macaco noirs évoluent librement dans la canopée, passant d’un arbre à l’autre (ou plutôt d’une tête à l’autre) avec une étonnante agilité. Dans ce village, les maisons sont simples et colorées. Les enfants jouent dans de petites ruelles en terre battue. Les embarcations de pêche sèchent sur la plage. Le lendemain, changement de décor avec une excursion vers Grande Mitsio. Cette île plus vaste est célèbre pour ses orgues basaltiques, formations géologiques spectaculaires sculptées par l’activité volcanique. Les colonnes de pierre surgissent de la mer et dominent un paysage où poussent également des baobabs centenaires. Cette sortie permet de saisir l’isolement de la région et la manière dont les habitants continuent à dépendre presque exclusivement des ressources de l’océan. L’archipel attire également les amateurs d’ornithologie. Une autre excursion conduit vers les îlots des Quatre Frères et l’île du pygargue pêcheur malgache. Les monolithes rocheux qui émergent de la mer servent de refuge à de nombreuses espèces d’oiseaux marins. Frégates, fous bruns, pailles-en-queue et rapaces côtiers trouvent ici des conditions idéales pour nicher. Parmi nos expériences préférées figure aussi le coucher de soleil en catamaran. En fin de journée, le bateau quitte la baie pour longer les côtes de l’île. Les reliefs des Mitsio se découpent alors progressivement dans une lumière rouge orangée. Peu d’endroits procurent autant la sensation d’être coupés du monde.

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« Peu d’endroits procurent autant la sensation d’être coupés du monde. »

No shoes, no news

De retour à l’hôtel, on abandonne nos chaussures et on les oublie jusqu’au départ. Quelques pas dans le sable suffisent pour rejoindre le bar, véritable cœur battant de l’île et l’endroit où tout le monde se retrouve. Ici, tout est inclus, du petit déjeuner au dîner romantique sur la colline. Derrière le comptoir, les serveurs connaissent les préférences de chacun. « Un rhum vanille pour madame ? », nous demande l’un d’eux. La spécialité de la maison se décline aussi à la cannelle ou aux agrumes. Au fil des jours, ce rendez-vous de fin d’après-midi devient un rituel. Pas seulement pour le coucher du soleil, mais parce que c’est là que se racontent les plus belles histoires et légendes sur l’île et la culture malgache. Quelques marches plus haut, le restaurant domine la baie. Les poissons servis au dîner ont souvent été pêchés quelques heures plus tôt. Le thazard (un poisson local) arrive en carpaccio, la langouste selon la pêche du jour, la carangue grillée ou marinée. Les menus changent constamment. Une nécessité sur une île où l’on dépend encore largement des arrivages et de la mer. Au bout de quelques jours, le personnel nous appelle par notre prénom. Non pas parce qu’il s’agit du protocole, mais parce qu’avec 25 bungalows seulement, tout le monde finit par se connaître. Le guide de l’hôtel, enfant des Mitsio, organise régulièrement des rencontres consacrées à l’histoire de l’archipel, aux traditions sakalava ou à la vie des villages voisins. L’une des plus appréciées concerne les croyances locales liées aux îlots sacrés qui entourent Tsarabanjina. Puis vient la soirée malgache. Ce soir-là, les équipes troquent l’uniforme pour les tenues traditionnelles. Les tables sont dressées sur le sable. Au menu : poissons grillés, viandes marinées, spécialités locales et recettes familiales. Musiciens et danseurs animent ensuite la soirée au rythme des chants locaux. Les invités sont rapidement invités à rejoindre la fête, paréo noué autour de la taille. Dans cette même idée de partage, le groupe Constance soutient également plusieurs initiatives locales, notamment dans les villages voisins où vivent de nombreuses familles de pêcheurs. Dans une région du monde où le tourisme gagne chaque année du terrain, cet îlot des Mitsio continue de cultiver un luxe simple et authentique devenu rare. Une adresse qui permet moins de s’évader que de comprendre ce que signifie réellement vivre le moment présent.

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« Au bout de quelques jours, le personnel nous appelle par notre prénom. Non pas parce qu’il s’agit du protocole, mais parce qu’avec 25 bungalows seulement, tout le monde ici finit par se connaître. »

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