Entre Ventoux et Luberon, à 600 mètres d’altitude, le Domaine Les Davids déploie 320 hectares de vignes, de forêts, de vergers et de champs cultivés en polyculture biologique. Fondé par la Belge Sophie Le Clercq il y a plus de 20 ans, ce territoire préservé est devenu bien plus qu’un domaine viticole : un laboratoire paysager, culturel et agricole où architecture, art contemporain, gastronomie et art de recevoir dialoguent avec le paysage provençal. Visite en 7 actes.

Le Chai: Un Monolithe ultra technique

Entre prouesse technique et discrétion paysagère, Marc Barani signe ici l’un des chais les plus singuliers du Sud de la France.

On l’aperçoit de loin. Posé au milieu des rangs de vignes, le chai gravitaire des Davids se fond dans le paysage. Signé par l’architecte niçois Marc Barani (Grand Prix National de l’Architecture), ce bâtiment de près de 2 000 m² n’est pas qu’une prouesse architecturale, c’est aussi un outil technique et un lieu de dégustation. Sa silhouette horizontale rappelle les teintes ocre des terres du Luberon. Ce volume minimaliste épouse le relief naturel de la colline et s’organise autour d’un principe simple : la gravité. Ici, le vin descend naturellement d’un niveau à l’autre sans pompage mécanique. Vendange, fermentation, élevage et stockage s’effectuent sur trois niveaux communicants. Un choix technique qui préserve l’intégrité du raisin tout en limitant les interventions humaines. À l’intérieur, la lumière est contrôlée. Les imposantes cuves tulipes en béton blanc côtoient les foudres de chêne dans une atmosphère presque monacale. Le béton, choisi pour sa capacité à réguler naturellement la température et à favoriser une micro-oxygénation du vin, devient ici un véritable matériau de vinification autant qu’un élément architectural. 

La Terrasse: Le rendez-vous de Belges en Provence 

Suspendue au-dessus de la cuverie, la Terrasse est un de nos endroits préférés. Depuis ce balcon ouvert sur les vignes, le regard glisse sur les monts alentour, formant un trait d’union entre les vignes et la vinification.

À l’heure du déjeuner, l’ambiance change. Les conversations se mêlent au chant des cigales et l’on entend presque autant l’accent bruxellois que les sonorités avignonnaises. Accrochée au chai, la Terrasse des Davids est devenue en quelques années l’une des adresses les plus courues de la région. Ici, ni nappe amidonnée ni démonstration gastronomique. La carte célèbre simplement ce que produit le domaine. Les légumes viennent du maraîchage, le pain du Fournil, l’huile d’olive des oliveraies voisines et les vins des parcelles qui entourent la terrasse. À l’ombre de la grande avancée du chai, les tablées s’étirent jusque tard dans l’après-midi. On croise des habitants de la région, des collectionneurs venus pour le parcours d’art, des vacanciers installés dans les hameaux voisins et une fidèle communauté belge qui a adopté le lieu comme quartier général estival.

Le Fournil: Le pain comme art de vivre

Dans cette boulangerie artisanale installée au cœur du domaine, les pains sont élaborés au levain à partir de farines sélectionnées avec soin et de fermentations longues. Pain de blé, épeautre, fougasse aux olives, focaccia aux herbes du jardin, brioches et viennoiseries sortent du four tout au long de la journée. Depuis ses débuts, le lieu dépasse largement sa fonction de boulangerie. Il est devenu un véritable point de rencontre. On y vient acheter son pain mais aussi partager un café, discuter avec les artisans du coin et découvrir les produits du domaine avant de regagner sa maison de vacances. Un endroit qui rappelle que le luxe tient parfois dans une simple miche de pain. 

La Promenade: Le mariage de l’art et du paysage

Aux Davids, le paysage n’est pas un décor. C’est une expérience. Pour imaginer ce parcours de près d’une heure trente à travers les différents écosystèmes du domaine, sa propriétaire, Sophie Le Clercq, a fait appel au paysagiste belge Bas Smets et à la directrice artistique Eliane Le Roux. Ensemble, ils ont conçu une promenade qui invite moins à observer la nature qu’à la vivre. « Pour créer cette promenade, nous avons marché à travers le domaine pendant des jours pour comprendre ses reliefs », raconte Eliane Le Roux. « On a ensuite créé des passages à l’aide de simples sécateurs. Nous avons cherché la bonne courbe de niveau, le bon chemin qui révèle le bon moment. Tout est né de l’expérience du lieu. » Le parcours traverse huit séquences paysagères, du Bois magique aux Coteaux, du Vallon à l’Étang. Des garde-corps inspirés des couleurs des mousses et des lichens servent de fil d’Ariane. « Nous avons étudié les mousses du domaine et leur colorimétrie. La couleur du parcours est née de là », explique encore Eliane Le Roux. Tout au long de la promenade surgissent des œuvres qui semblent émerger du paysage lui-même. On pourrait presque passer à côté sans les voir… Et c’est voulu ! Les Three Integrating Boulders (2025) du sculpteur britannique David Nash dialoguent avec les rochers du site. Plus loin, la Chouette des Davids de Lionel Sabatté apparaît presque comme une créature sortie de la forêt. Les installations de Tomás Saraceno ou Matthew Lutz-Kinoy ponctuent également cette traversée sensible du territoire. 

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« Tout au long de la promenade surgissent des œuvres qui semblent émerger du paysage. »

Les Hameaux: La Provence comme chez soi

Alors que la plupart des villages du Luberon ploient sous la fréquentation estivale, les Hameaux des Davids proposent une autre façon d’habiter la Provence. Dissimulés dans les vignes et les collines du domaine, Treimars et Cournille rassemblent d’anciennes bâtisses restaurées avec élégance. Pierre locale, jardins méditerranéens, piscines ouvertes sur les paysages, terrasses ombragées et vues à perte de vue composent un décor qui semble hors du temps. À Treimars, les trois maisons accueillent jusqu’à 24 personnes dans une atmosphère familiale ponctuée d’un spa, d’un terrain de tennis et de deux piscines bordées de vignes. À Cournille, les cours pavées et les terrasses sous la treille évoquent un village provençal à privatiser.

L’Atelier d’Yves Zurstrassen: Entre abstraction et free jazz

Le peintre belge Yves Zurstrassen prend la pose dans son atelier en Provence. Cet été, son exposition Variations rouges se tient jusqu’au 15 décembre 2026, au musée de Salagon à Mane (Alpes-de-Haute-Provence). Elle présente des toiles inédites conçues pour dialoguer avec l’architecture de l’église romane qui lui sert d’écrin.

À quelques centaines de mètres du domaine, Yves Zurstrassen ouvre les portes de son atelier aux connaisseurs. Installé à Viens depuis 2003, le peintre belge partage sa vie entre la Provence et Bruxelles. Né à Verviers en 1956, il est aujourd’hui considéré comme l’une des figures majeures de l’abstraction européenne. Son atelier surprend par sa lumière naturelle, ses grandes baies vitrées, son format XXL, son organisation aussi. Tout ici est rangé, des pots de couleurs aux mille nuances jusqu’aux toiles… Dans une des pièces annexes, on devine la complexité du processus qui donne naissance à ses grandes compositions. L’artiste travaille à rebours du regard. Des fragments de journaux sont collés sur la toile, recouverts de couches successives de peinture puis retirés une fois l’œuvre terminée. Ce qui apparaît à la surface est en réalité ce qui se trouvait dessous. « Je peins au futur antérieur », aime-t-il expliquer. Cette méthode produit des œuvres vibrantes, traversées de rythmes, de ruptures et de transparences. Les toiles de la série Variations rouges, présentées cet été au Musée et Jardins Salagon, évoquent autant le free jazz que les paysages provençaux traversés par la lumière. Face à ces grands formats colorés, on comprend vite que l’œuvre d’Yves Zurstrassen prolonge parfaitement l’esprit du domaine. Aux Davids, tout semble fonctionner selon le même principe : révéler la beauté. Que ce soit celle d’un paysage, d’une matière, d’une couleur ou même d’une émotion. 

Les Estivales: Quand la culture s’invite dans les vignes

L’atelier de 500 m2 d’Yves Zurstrassen baigné de lumière naturelle et de free jazz.

Chaque été, Les Davids deviennent aussi un lieu de réflexion et de création. Les Estivales du Haut-Calavon réunissent jusqu’à fin juillet écrivains, philosophes, artistes, musiciens, journalistes et penseurs autour d’une programmation étonnamment ambitieuse pour un domaine rural. L’édition 2026 accueille notamment Vinciane Despret, Charles Dantzig, Pierre Haski, Thomas Snégaroff, Raphaël Imbert, et Agnès Jaoui. Conversations, concerts, ateliers, expositions et performances investissent les différents espaces du domaine, du chai à l’amphithéâtre en passant par le fournil. (Lesdavids.fr)