Mélancoliques et rêveuses, les œuvres en bronze de la sculptrice bruxelloise Clotilde Ancarani servent de mémoire du vivant et s’imposent avec une justesse rare dans le paysage feutré de l’art et du design contemporain belge et international.
Photos Nathalie Gabay
Cette année encore, les tables, chaises, tabourets, miroirs, chandeliers et vases en bronze de Clotilde Ancarani trouvent leur place au cœur de dialogues exigeants avec les maîtres anciens à la BRAFA Bruxelles et à la TEFAF Maastricht, ou encore sur les scènes pointues de The Salon Art + Design New York, PAD Paris et Londres, Homo Faber à Venise et Design Miami. Une présence affirmée, limpide même, qui ne relève pas d’un phénomène de mode, mais de l’aboutissement d’une œuvre construite avec rigueur, maturité et patience. Entrer dans l’univers de l’artiste, c’est chercher à ralentir et à s’approcher au plus près d’un fragment de campagne ou de paysage tropical qui s’invite dans un intérieur. Ici, la nature murmure. Feuilles de Gunnera du Brésil, tiges de rhubarbe et pétales de fleurs deviennent les vecteurs d’un langage délicat, où la fragilité n’est plus une faiblesse, mais une force. Clotilde Ancarani sculpte le vivant pour mieux en retenir l’instant, figeant l’éphémère dans la densité du bronze, défiant ainsi l’oubli. Grâce à la technique de la cire perdue, elle transforme l’organique en œuvres sensibles, à la frontière de l’art et de l’objet fonctionnel, où chaque pièce semble suspendue hors du temps. Ses formes contemplatives évoquent des refuges silencieux, des cocons où se retirer du tumulte. Il s’en dégage une poésie douce, presque méditative, portée par une tension subtile entre puissance et délicatesse. Une signature qui, loin des productions standardisées et des séries illimitées, affirme une vision intemporelle, singulière et incarnée. Ses sculptures rappellent plus que jamais l’importance du geste, du poids, de la matière. Les collectionneurs ne s’y trompent pas : ils reconnaissent dans son travail cette quête de l’essentiel, de la pérennité, ce lien tangible au temps et au savoir-faire artisanal. Depuis trois décennies, Clotilde Ancarani trace ainsi une voie cohérente en portant le regard sur un monde végétal qui semble s’aligner avec le sien. Une rencontre évidente qu’elle aborde continuellement avec le sourire.

Parmi les feuilles de rhubarbe et les plantes de berge bordant l’étang du jardin de Clotilde Ancarani à Linkebeek, les tabourets et tables d’appoint Follia et Tondo en bronze poli (toujours en édition limitée ou en pièce unique) retrouvent leurs congénères qui les ont inspirés, et soudain on ne sait plus ce qui est sculpture, ce qui est nature.