Longtemps décrié pour sa froideur et son gigantisme, le brutalisme fait un retour remarqué dans l’architecture belge contemporaine. Béton apparent, volumes sculpturaux et radicalité formelle trouvent une nouvelle interprétation plus intime, en dialogue avec la nature. Photo Tim Van de Velde
Emblématique des années 60-70, le style brutaliste se distingue par ses matériaux laissés nus et sa monumentalité. Considéré hier comme trop austère, il séduit à nouveau une frange d’architectes belges qui n’hésitent pas à réinterpréter le style dans des projets privés. Dans un monde où tout évolue à cent à l’heure, son authenticité et son minimalisme résonnent comme une valeur refuge. La Flandre, marquée par l’héritage de Juliaan Lampens, chef de file du brutalisme belge, concentre de nombreux exemples de ce que l’on pourrait qualifier de néo-brutalisme. Non loin de la chapelle de Kerselaere de Lampens à Audenarde, Peggy De Coninck et ABS Bouwteam ont conçu en 2023 un bungalow en béton et verre. Son volume vitré d’un seul niveau évoque les villas de Mies van der Rohe : une boîte de verre ceinte de deux plateaux en béton brut qui semble flotter au-dessus du sol. Ici, le béton dialogue avec le verre, transformant l’habitat en belvédère sur la nature. À la mer du Nord, la Villa CD (2015) de Magalie Munters pousse l’esthétique brutaliste vers la sculpture. La villa repose sur une dalle en béton perchée sur un large pilier en V, clin d’œil à l’héritage corbuséen. La terrasse est protégée par un mur percé d’ouvertures de formats variés. Un geste sculptural qui incarne la puissance expressive du brutalisme. Enfin, près de Wavre, la Résidence FSD de Govaert & Vanhoutte (2020) illustre une approche plus protectrice du néo-brutalisme. Fermée et minérale côté rue, elle s’ouvre largement sur la forêt à l’arrière, abolissant toute frontière entre intérieur et extérieur. Cette tension entre massivité et transparence résume parfaitement l’esprit du brutalisme revisité en Belgique.