À Bruges, Studio LOHO signe Jonojé, un B&B premium installé dans une ancienne fabrique de brosses. Pensé comme un laboratoire habité, le lieu déploie six suites où les créations du studio s’exposent selon une scénographie très sensorielle.
Photos Tijs Vervecken

Jonojé est un lieu hybride, à la fois laboratoire pour Studio LOHO et B&B pour les esprits sensibles à une démarche créative dénuée de gravité.
La façade de Jonojé agit comme un manifeste, entre maîtrise du geste et indocilité de la matière. Une vaste surface en céramique bleue s’y déploie, marquée par un réseau de lignes irrégulières qui rappellent les craquelures d’une terre aride, mais dont les reflets changeants évoquent le scintillement de la mer. « Les marques sont naturelles, mais provoquées. C’est la frustration ressentie quand une pièce en céramique se fissure qui a inspiré cette façade », explique Jo Hoeven, cofondateur de Studio LOHO avec Karel Loontiens.
Créé en 2017, Studio LOHO développe depuis ses ateliers brugeois objets et matériaux destinés à des projets résidentiels haut de gamme. Le studio, qui réunit aujourd’hui une douzaine de personnes, s’est fait connaître grâce à sa baignoire sculpturale en céramique, entièrement modelée à la main dans l’argile. Derrière cette pièce devenue iconique se devine toutefois un univers plus vaste, à la frontière du design et de l’expérimentation.
Ichi, Ni, San…
C’est précisément pour donner corps à cette vision audacieuse que le duo a ouvert Jonojé, un boutique-hôtel implanté dans un vaste bâtiment classé de 1 000 m², prolongé par un jardin luxuriant de 1 250 m² à la lisière de Bruges. Lors de sa première visite du bâtiment – une ancienne fabrique de brosses et de pinceaux – Jo l’a perçu comme un îlot autonome au cœur d’un quartier résidentiel. Un lieu imposant, presque autosuffisant, tant par son échelle que par sa présence. Cette impression initiale irrigue aujourd’hui l’ensemble du projet, où chaque espace réserve son lot de découvertes derrière une apparente simplicité.
« Chaque espace réserve son lot de découvertes derrière une apparente simplicité. »
À l’intérieur, chacune des six suites de 75 m² décline le même aménagement spatial : un vaste séjour auquel se greffent un espace repas, une salle de bains ouverte avec douche et un coin nuit. Chaque suite possède néanmoins sa propre tonalité – plus sombre, plus minérale, plus lumineuse – mais toutes respirent une quiétude commune. Baptisées d’après les chiffres 1 à 6 en japonais (de Ichi à Roku), elles revisitent un imaginaire nippon depuis une perspective occidentale. Une dimension ludique s’y exprime également, marquée par le lâcher-prise et la volonté de laisser circuler les idées librement, dans des espaces sans artifice ni surcharge. Structures organiques en lattes de bambou, sols coulés ornés de motifs graphiques réalisés à partir de résidus d’argile : les matières absorbent la lumière et diffusent une chaleur presque tangible. « Nous cherchons toujours à créer des espaces qui ralentissent le regard », résume Karel.
« La douche-capsule devient un objet à part entière, transformant le quotidien en expérience. »
L’élément qui capte immédiatement l’attention, c’est la douche- capsule en céramique. Posée comme une pièce autonome, elle tient davantage de la sculpture que de l’équipement sanitaire. La douche devient ainsi un objet à part entière, transformant le geste quotidien en expérience. Réalisée à partir de trois éléments assemblés – le four de l’atelier ne permettant pas la cuisson d’un volume unique – elle exhibe volontairement ses lignes d’assemblage. « Au début, je n’aimais pas ces traces. Puis j’ai compris qu’elles rendaient l’objet plus honnête », se souvient Jo. Le projet repose sur cette tension permanente entre naturel imparfait et intervention humaine, s’attachant à s’éloigner des espaces trop lisses.
« Faire du design un environnement à vivre plutôt qu’une collection d’objets à contempler. »
Jonojé incarne parfaitement la philosophie de Studio LOHO : faire du design un environnement à vivre plutôt qu’une collection d’objets à contempler. Chaque matin, un généreux petit-déjeuner végétarien (pain au levain maison, beurre fouetté, fromages, confitures et produits sourcés auprès d’artisans locaux) est servi en suite, prolongeant l’attention portée aux matières, aux gestes, au temps… De quoi oublier, l’espace d’un séjour, que le centre historique de Bruges n’est qu’à quelques coups de pédale. •
JONOJÉ.
Kanunnik Duclosstraat 1, 8000 Bruges (BE).
@jonoje.bruges