Bien avant de devenir architecte d’intérieur, Aurélie Penneman de Bosscheyde a passé de nombreux étés dans ce joyau architectural signé Henry Van de Velde, où vivaient ses amies d’enfance. Lorsque la Villa Westhinder, à Knokke, a dû être rénovée, son nom s’est imposé comme une évidence.
Photos Alice Mesguich
C’est l’un des duos architecturaux les plus emblématiques de Knokke: la Villa Noordhinder et la Villa Westhinder, qui lui est attenante, construites en 1931 d’après les plans de Henry Van de Velde pour le courtier en café et collectionneur d’art Maurice Colman (Noordhinder) et son ami artiste Albert Saverys (Westhinder). Une photo en témoigne encore: Henry Van de Velde – peintre, fondateur de La Cambre et figure majeure de l’Art nouveau belge avant son virage moderniste – y pose aux côtés d’Albert Saverys. Grâce aux liens de ce dernier avec le bourgmestre Maurice Lippens, l’architecte parvient à contourner les règles urbanistiques du Zoute. À la place du cottage alors imposé, une double villa moderniste a surgi des dunes, appelée à devenir l’un des repères architecturaux de la station balnéaire.
En chaussettes
Aurélie Penneman connaît cette maison dans ses moindres recoins. Et pas seulement parce qu’elle est architecte d’intérieur en Flandre occidentale et qu’une villa de Henry Van de Velde compte parmi les icônes du patrimoine national. Son lien avec les lieux est plus personnel. Bien avant de tracer le moindre plan de rénovation pour la Villa Westhinder, elle savait déjà comment le vent du large fait vibrer les fenêtres, quelle sensation procurent les pierres au pied de l’escalier tournant, ou encore comment traverser la maison en chaussettes au milieu de la nuit pour aller aux toilettes. Enfant, lorsque sa famille séjournait l’été à Knokke, elle passait ici des journées entières. « Je connais cette maison pour y avoir joué, dormi, participé à des fêtes… J’y ai grandi avec mes meilleures amies! » Alors quand les filles Saverys, toujours très proches d’Aurélie Penneman, apprennent que leurs parents s’apprêtent à lancer une rénovation d’envergure, elles pensent immédiatement à leur amie, devenue entre-temps architecte d’intérieur après avoir étudié le droit.
Un millefeuille de rafistolages
Depuis la création de son bureau il y a sept ans, Aurélie Penneman s’est forgé une réputation d’architecte d’intérieur attentive à la nuance et aux détails. Une approche indispensable ici. « La maison était devenue victime de réparations successives », explique-t-elle. Son intervention a alors consisté à donner une nouvelle cohérence à ce millefeuille de rafistolages, en renouant avec l’esprit de Henry Van de Velde et de Jozef De Coene, l’ébéniste courtraisien ayant réalisé les menuiseries d’origine sur mesure. Les grands carreaux de céramique faciles d’entretien ont disparu, tout comme les faux plafonds disgracieux et les appliques murales sans intérêt. À leur place, Aurélie Penneman imagine un projet qui fait dialoguer l’esthétique de l’extérieur et celle de l’intérieur. Mais comment retrouver l’esprit d’une maison lorsqu’il existe si peu d’archives photographiques ? Grâce à un important travail de recherche. « C’est la seule manière de mener un tel projet correctement. Les propriétaires m’ont prêté de nombreux ouvrages consacrés au modernisme. J’ai visité la Villa Noordhinder attenante, où subsistent encore beaucoup d’éléments d’origine et dont la voisine possède une connaissance précieuse. Nous sommes également allés à la Villa Cavrois, dans le nord de la France, pour étudier l’usage de la lumière et la conception des cuisines de l’époque. »
« Nous sommes un bureau de niche, mais cette singularité nous a permis d’attirer, au fil du temps, des projets et des clients en phase avec notre approche.» Aurélie Penneman
Frissons garantis
De nombreux détails imaginés par Henry Van de Velde ont traversé le temps : les habillages en wengé, l’escalier tournant en bois et sa rampe brillante, hérités de l’esthétique des paquebots, symbole de futurisme dans les années 1930. Ce vocabulaire formel – lignes courbes, rangements laqués blancs, matériaux industriels et bois de sapele – irrigue également le projet d’Aurélie Penneman, où l’histoire reste omniprésente. « La cuisine d’origine était une Cubex. Comme cette marque bruxelloise existe toujours aujourd’hui, le choix s’est imposé de lui-même. Nous avons tout dessiné dans les moindres détails, jusqu’au diamètre des charnières, puis l’ensemble a été réalisé avec une précision remarquable. » Le terrazzo à damier, entièrement refait par Nino Tondat, devrait séduire les amateurs de design intérieur, le motif se prolongeant dans les plinthes et les lambris.
Aurélie Penneman a également repris les courbes de la façade dans la cuisine habillée de carrelage DTILE, un exercice bien plus complexe qu’un simple plan de travail en marbre. « Tout, jusqu’au plus petit joint, a dû être dessiné au millimètre près. La dernière chose que l’on souhaite, c’est qu’un plan de travail carrelé se termine par un carreau tronqué. »
Un bureau de niche
« Un projet est réussi lorsque mon client s’y sent bien, lorsque j’ai pu travailler entièrement sur mesure pour lui et lorsque le projet naît du bâtiment lui-même. Je ne cherche jamais à imposer ma signature à un lieu. C’est pour cela que chaque projet est totalement différent, qu’il s’agisse d’architecture néoclassique, Art déco, Art nouveau ou moderniste. Heureusement d’ailleurs, sinon ce serait terriblement monotone. Au départ, ce n’était pas forcément une voie évidente. Nous sommes un bureau de niche, mais cette singularité nous a permis d’attirer, au fil du temps, des projets et des clients en phase avec notre approche. Poser des sols beiges à la chaîne et multiplier les tables en travertin, très peu pour moi. Même dans le choix des matériaux, il est rare que je me répète. »
Carnet d’adresses d’Aurélie Penneman à Knokke
Résidence estivale Objects With Narratives à la Villa Westhinder
« Cet été, la Villa Westhinder accueille la galerie bruxelloise pour une exposition. » Du 7 au 16 août. Zeedijk-Het Zoute 835, Knokke.
Ceremony Tableware de Morgane Van Marcke
« De magnifiques céramiques de table réalisées par une connaissance. » Du 1er juillet au 23 août. Kustlaan 154, Knokke.
Roka
« Pour une délicieuse pause déjeuner ! » Emile Verhaerenlaan 26, 8300 Knokke-Heist.
Café Den Oosthoek
« Tout juste rouvert : flambant neuf, chaleureux et idéal pour un café. » Pannenstraat 58, Knokke.
Put 19
« L’endroit idéal pour un apéritif. » Sparrendreef 74, Knokke.
The Wardrobe
« Nouveau concept store avec une belle sélection de vêtements et un matcha pour qui en a envie. » Driehoeksplein 8, Knokke.