Villas historiques, ancien couvent, tour de guet, architecture moderniste ou palace thermal: de Napoli à Amalfi, chacun de ces huit hôtels cinq-étoiles compose avec la roche, la lumière, la mer et l’héritage du bâti. Plus qu’une sélection d’adresses, une lecture de l’hospitalité italienne via l’architecture et le design.

1. La Minervetta, Sorrente

Pépite graphique

Posée à flanc de falaise, La Minervetta joue à fond le trait d’union entre architecture d’intérieur et horizon. Aux commandes, Marco De Luca, petit-fils des fondateurs, propriétaire des lieux, designer et scénographe de formation. Passé par Florence puis par la Domus Academy de Milan, où il côtoie notamment Andrea Branzi, Gaetano Pesce, Mario Bellini ou Ettore Sottsass, il reprend la propriété familiale en 2006 et transforme les espaces en véritables tableaux design. Palette de bleu, de blanc et de rouge, céramiques de Vietri, mobilier vintage et grandes signatures du XXe siècle : ici, tout est affaire de composition. Très investi, Marco De Luca y vit encore aujourd’hui et préfère d’ailleurs parler d’une maison ouverte aux voyageurs plutôt que d’un boutique-hôtel. La terrasse, le jardin suspendu et l’escalier privé qui descend jusqu’au port de Marina Grande prolongent naturellement la maison vers la mer. Et même si l’on n’y dort pas, il faut absolument y passer en fin de journée : pour l’aperitivo, bien sûr, mais aussi et surtout pour sa vue spectaculaire sur Sorrente et le golfe de Naples. (Laminervetta.com)

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« Ici, tout ou presque est estampillé Le Sirenuse : des chaussons aux savons, en passant par les tasses, le linge et les serviettes. »

2. LE SIRENUSE, POSITANO

La perfection

Au Sirenuse, la façade terracotta emblématique de ce palace mythique raconte une histoire de famille… Celle des Sersale, qui ont transformé leur ancienne maison en bijou hôtelier sans jamais lui faire perdre son allure de demeure italienne. Ici, pas de luxe formaté. Les salons ressemblent à ceux d’une grande maison bourgeoise : meubles anciens, fauteuils réalisés par le tapissier romain Balestrucci, objets choisis un à un, œuvres d’art et pièces de collection exposées un peu partout. La décoration porte la trace des voyages de Franco Sersale, notamment en Iran, dont il a rapporté un goût pour les tapis, les motifs, les couleurs et certaines références orientales qui se glissent dans chaque espace sans jamais les surcharger. Le spa, lui, porte la signature de Gae Aulenti, immense figure de l’architecture italienne et amie de la famille. Ici, tout ou presque est estampillé Le Sirenuse : des chaussons aux savons, en passant par les tasses, le linge, le beurre et les serviettes. Cette obsession du détail n’a rien d’un hasard. Les Sersale travaillent depuis toujours avec un réseau d’artisans, de décorateurs et de maisons italiennes pour préserver ce sentiment très particulier d’être reçu chez quelqu’un. Avec seulement 58 chambres et suites, l’institution joue précisément cette carte-là : un luxe personnel, très loin de l’esthétique formatée des grandes chaînes. Et avec la nouvelle génération qui reprend la main, la maison continue d’évoluer. En 2026, elle a ouvert Le Sirenuse Mare, son nouveau beach club à Nerano : une succession de terrasses qui descendent jusqu’à l’eau, avec restaurant, cabanas et boutique. Une sorte de version barefoot luxury de l’hôtel. La famille développe aussi Emporio Sirenuse, sa marque de resortwear et d’accessoires fondée par Carla Sersale, aujourd’hui sous la direction artistique de Viola Parrocchetti. Les collections reprennent les couleurs, les motifs et les références méditerranéennes de la maison, jusqu’aux collaborations avec des artistes comme Louis Barthélemy. Et quand la journée se termine, direction le Don’t Worry Bar. Ici, pas de playlist algorithmique : uniquement des vinyles, des cocktails old-school et un DJ résident aux platines. Le décor est rétro, l’ambiance feutrée, et le néon de Martin Creed au plafond donne le ton. (Sirenuse.it)

3. ANANTARA CONVENTO DI AMALFI

De la mer comme au ciel

Accroché à 80 mètres au-dessus de la mer, l’Anantara Convento di Amalfi a gardé tout ce qui fait le charme de son ancienne vie monastique… Le cloître arabo-normand, la petite église baroque, les longs couloirs, les voûtes, les jardins et même l’ancienne promenade des moines. On circule dans cet hôtel comme dans un petit village suspendu. Les 52 chambres et suites ont été aménagées dans les anciennes cellules, le réfectoire ou encore les appartements du prieur. Pas question pour autant de jouer la carte passéiste. Ici, les murs sont chaulés, les carrelages d’origine conservés, les plafonds restent voûtés, mais le mobilier est résolument contemporain. On croise des pièces Cassina, Artemide, Fredericia ou Santa & Cole, beaucoup de créations sur mesure et quelques touches d’artisanat local. Le résultat est sobre, jamais austère. Et puis il y a les extérieurs, les terrasses et leur vue plongeante, les bougainvilliers, la piscine à débordement (comme en lévitation au-dessus de la mer), les citronniers qui embaument tout… Au Dei Cappuccini, le chef Claudio Lanuto travaille justement les produits du potager et de la côte pour offrir l’une des plus belles tables gastronomiques de la région. À La Locanda della Canonica, l’ambiance est plus décontractée avec au menu des pizzas signées Gino Sorbillo, de bons produits campaniens et des grandes tablées d’amis. Du côté du spa, habillé de travertin, trois cabines seulement, quelques soins signature aux huiles d’agrumes et une atmosphère très chic. Et puisqu’on est tout de même dans un ancien couvent, quelques habitudes ont survécu. On peut encore emprunter la promenade des moines, passer par le cloître ou pousser la porte de la chapelle du XIIIe siècle. La différence, c’est qu’aujourd’hui le parcours se termine plus volontiers par un Negroni face à la mer que par le bénédicité. (anantara.com)

4. IL SAN PIETRO DI POSITANO

Dans le relief

Il San Pietro di Positano ne domine pas la falaise : il l’intègre et la prolonge. Littéralement. Quand Carlo « Carlino » Cinque lance le chantier dans les années 1960, il fait creuser le promontoire de Laurito sur dix niveaux pour y glisser chambres, terrasses et jardins. Depuis la route, on devine à peine l’hôtel. Puis on entre, on monte, on descend et on se perd souvent. Et tout au bout, un ascenseur file directement jusqu’à la mer. À l’intérieur, les chambres sont toutes différentes, avec marbres italiens, terres cuites faites à la main, céramiques locales et tissus sur mesure. Les catégories Signature et Prestige ont été dessinées individuellement par Fausta Gaetani. Mais le vrai décor reste dehors : Positano d’un côté, Praiano de l’autre et la mer partout ailleurs. Même logique côté table. Au Zass, une étoile Michelin, le chef belge Alois Vanlangenaeker cuisine depuis plus de 20 ans les produits du potager bio de l’hôtel, aménagé en terrasses. Plus bas, Carlino, nommé en hommage au fondateur, joue la carte du déjeuner pieds dans l’eau, juste au-dessus de la petite plage privée. On y descend par l’ascenseur creusé dans la roche, avant de s’installer pour manger un poisson grillé et boire un verre de blanc. Et pour l’aperitivo, la Terrace Bar est un must : bougainvilliers au plafond, banquettes en céramique et Bellini face au soleil qui tombe sur Positano. Un endroit très sophistiqué mais jamais guindé. (Ilsanpietro.com)

5. JUMEIRAH CAPRI PALACE, ANACAPRI

Pointu

À Anacapri, le Jumeirah Capri Palace assume un parti pris très design, nourri d’art contemporain et de signatures pointues. Le projet initial remonte à 1961 et porte la patte de Gianfranco Frattini, grande figure du design italien formée dans l’orbite de Gio Ponti. Depuis, l’hôtel n’a cessé d’ajouter de nouvelles cordes à son art. La plus récente porte la signature de Patricia Urquiola. En 2025, elle a redessiné cinq suites mais aussi la piscine, le bar extérieur et la grande terrasse. Palette terracotta, blanc éclatant et bleu méditerranéen, sols palladiens, céramiques de Vietri faites à la main, mobilier sur mesure, lignes courbes qui reprennent le mouvement des vagues : tout est pensé pour rendre hommage à Capri sans tomber dans le cliché. Même les meubles en marbre font référence à la Villa San Michele voisine. Et puis il y a l’art. Partout ! Le Capri Palace fonctionne presque comme un musée. Sa collection permanente s’expose dans les couloirs, la réception, les jardins et les espaces communs. On y croise Giorgio de Chirico, Arnaldo Pomodoro, Mimmo Paladino, Keith Haring ou encore Allen Jones. Dans l’entrée, une œuvre monumentale d’Arnaldo Pomodoro dialogue avec des mosaïques de Velasco Vitali ; à la réception, une grille issue d’un monastère du XVIIe siècle côtoie Ettore e Andromaca de De Chirico. La collection continue d’ailleurs d’évoluer. L’hôtel a lancé en 2025 son propre prix d’art contemporain, avec des œuvres intégrées à la collection permanente, et propose même un Art Concierge pour parcourir les œuvres disséminées dans la propriété. Autrement dit, ici, on peut très bien venir pour l’aperitivo et finir par discuter avec le directeur de De Chirico. (Jumeirah.com)

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« Le Capri Palace fonctionne presque comme un musée. Sa collection permanente s’expose dans les couloirs, la réception, les jardins et les espaces communs. »

 

6. Caesar Augustus, Anacapri

La Dolce Villa

À Anacapri, impossible de rater le Caesar Augustus et sa façade ocre posée au bord du vide. L’ancienne demeure d’un prince russe domine la baie de Naples à près de 300 mètres de hauteur, avec le Vésuve et la péninsule de Sorrente en ligne de mire. Les chambres semblent organisées autour de cette vue, avec balcons privés, antiquités et une ambiance de grande villa méditerranéenne. La piscine à débordement sur deux niveaux donne littéralement l’impression de tomber à pic dans la mer. Plus bas, les jardins, les terrasses et le bar profitent du même panorama. Et puis, il y a La Terrazza di Lucullo, le restaurant perché au bord de la falaise. On y déjeune ou dîne face au golfe, avec au menu des produits locaux, des légumes et des herbes cueillis dans le potager de l’hôtel, du poisson livré chaque matin par les pêcheurs de l’île, des citrons de Capri et des pâtes de Gragnano. Le Caesar Augustus assume son côté grande maison caprese, un peu, beaucoup, passionnément théâtrale, et c’est ce qui fait son charme. (Caesar-augustus.com)

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« Le Caesar Augustus assume son côté grande maison caprese, un peu, beaucoup, passionnément théâtrale, et c’est ce qui fait son charme. »

7. MEZZATORRE, ISCHIA

Comme au cinéma

On a l’impression d’être dans un film. Pas surprenant, c’est là que Visconti, sur les terrasses de sa villa La Colombaia, recevait ses intimes, de Claudia Cardinale à Alain Delon. Là aussi que planent les fantômes des lettres de Capote à Moravia, tandis qu’Elena Ferrante y situe quelques scènes de L’Amie prodigieuse. Dressée sur une falaise, la demi-tour (mezzatorre) autour de laquelle s’organise l’hôtel servait autrefois de mirador défensif. On y scrutait la Méditerranée en attendant les envahisseurs sarrasins. Aujourd’hui, les seules offensives sont celles de riches et célèbres Américains. Car depuis sa reprise par le Pellicano Group, l’adresse a le vent en poupe sous l’impulsion de Marie-Louise Sciò, CEO du groupe, formée à l’architecture et au design d’intérieur. C’est elle qui a redonné au lieu son allure et son aura, avec cette idée simple : faire chic, mais pas coincé. Quelque chose de joyeux, élégant, un peu fantasque, et surtout de très cinématographique. Dans les chambres et les suites, le résultat est magnifique : du blanc, du bleu, du beige, quelques touches dorées, des lignes qui flirtent avec les années 1920, un esprit maison de vacances et cette élégance italienne qui évoque la Dolce Vita, comme au cinéma. (Pellicanohotels.com)

8. Palazzo Manzi, Ischia

Le spa comme programme architectural

Le Palazzo Manzi ne s’est pas construit autour d’une vue spectaculaire, mais autour d’une ressource : la source thermale du Gurgitello, dont l’eau jaillit naturellement à 36 °C.

En 1863, Luigi Manzi y ouvre un établissement thermal inspiré des bains romains. Quelques années plus tard, Giuseppe Garibaldi lui-même vient y soigner ses blessures après la bataille d’Aspromonte. Difficile de faire plus sérieux côté CV thermal. Aujourd’hui, cette histoire reste au cœur du lieu. Le spa s’étend sur 1 650 m² et reprend les codes des thermes antiques : colonnes, statues, voûtes, bassins successifs, tepidarium, sauna finlandais, hammam, douches sensorielles et suites privées avec hammam. Le tout sans virer au wellness gadget. Le reste de l’hôtel suit la même lignée : 55 chambres et suites dans un registre méditerranéen, deux restaurants et un bar panoramique parfait pour l’apéritif. Pas de minimalisme ni de retraite pseudo-spirituelle. Palazzo Manzi assume son héritage thermal, son décor italien et une certaine idée du luxe à l’ancienne. Et c’est précisément ce qu’on aime. (Palazzomanzi.com)

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« Palazzo Manzi assume son héritage thermal, son décor italien et une certaine idée du luxe à l’ancienne. »