Pour découvrir un Paros intime et confidentiel, il faut tourner le dos à Naoussa. Mettre le cap au sud, se balader dans le petit village de Lefkes, rouler le long de la côte, pousser la porte d’un atelier de céramique ou s’engager sur un chemin de terre… D’Aliki à Parikia, l’île révèle alors ses autres visages.
À Votsalakia Seaside Escape, Alexandra Skaltsogianni accueille les voyageurs sur ses terres : un ensemble de cinq villas contemporaines posées à quelques mètres de la mer. La nôtre compte cinq chambres, toutes avec leur salle de bains, les dimensions et le confort de suites d’un hôtel cinq-étoiles. Le salon est immense, la cuisine ultramoderne et la piscine bordée d’une large terrasse qui semble filer jusqu’à la plage. Une maison pensée pour vivre en tribu sans jamais avoir l’impression de se marcher dessus. Tous les matins, une cheffe livre le petit-déjeuner. Œufs, yaourts, fruits, spécialités locales, jus frais : on se réveille, la table est déjà dressée. Puis tout est débarrassé. L’idée ici est de proposer un séjour tout confort mais connecté à la vie locale. Côté archi, on se régale. Née d’une collaboration entre le studio ISV et l’agence Kydoniatis, habituée aux développements hôteliers haut de gamme, la villa reprend les codes traditionnels des Cyclades (formes cubiques blanches, lignes minimalistes, ouvertures largement tournées vers l’extérieur) sans tomber dans les clichés. Le jardin imaginé par H. Pangalou & Associates privilégie les espèces endémiques et se fond parfaitement dans le paysage. À l’étage, la vue s’ouvre tout grand sur la mer Égée et, luxe ultime, un chemin privé mène en quelques enjambées à une petite plage de galets ultraconfidentielle, que l’on partage à peine.
Mais au-delà de l’architecture et de l’aménagement de la villa, Votsalakia Seaside Escape vaut aussi le détour pour ce qu’il y a autour. Quelques minutes à pied suffisent pour rejoindre Aliki petit port resté longtemps à l’écart des circuits touristiques. Ici, les journées s’organisent autour des bateaux de pêche, des plages et des tavernes qui bordent la mer… C’est à partir de là que l’on découvre l’autre visage de Paros. Un Paros plus intime, incarné, fil rouge du séjour.
À Parikia, notre guide Kimon nous a donné rendez-vous devant le moulin. Avec lui, la capitale de Paros cesse d’être une simple escale entre deux ferries. Résultat : une visite archéologique de deux heures qui nous emmène dans les ruelles médiévales, longe les fragments du kastro vénitien et remonte le temps jusqu’aux vestiges antiques.
Le soir, retour à Votsalakia. L’équipe d’I Am Your Chef investit la cuisine de la villa. Pas de démonstration spectaculaire : on émince, on goûte, on échange autour des recettes et des produits de l’île avant de passer à table. Le principe est simple : un cours de cuisine privé suivi d’un dîner et à la fin, la fierté d’avoir su préparer un tzatziki dans les règles de l’art.
Le jour suivant, rendez-vous au port d’Aliki. Konstantinos Efstratiadis nous y attend à bord d’Hikari. Son bateau prend la direction de la fameuse crique Blue Lagoon, entre Paros, Antiparos et Despotiko. Le capitaine connaît les plages où personne ne s’arrête. « L’idée de cette virée est d’explorer les endroits méconnus. Des secrets bien gardés qui ne sont accessibles que par la mer », annonce Konstantinos. La formule résume l’esprit de la sortie : une navigation privée, plusieurs haltes pour plonger dans une eau cristalline, des masques et tubas à disposition, quelques fruits et un verre d’ouzo. Konstantinos ne vend pas uniquement une balade en mer. Il partage ses spots préférés, des anecdotes croustillantes mais aussi et surtout sa culture.
Après la côte, cap sur l’intérieur de l’île. Car pour rencontrer Kim van Dijk, il faut quitter le littoral et s’enfoncer vers Kostos. Une piste poussiéreuse mène à Mesovounia Nature Reserve & Sanctuary, 15 000 m2 dissimulés entre les collines. Néerlandaise, Kim s’est installée en 2020 à Paros, là où sa famille possédait déjà une maison et où elle a passé tous ses étés quand elle était enfant. Son projet associe refuge et régénération des sols. Les chevaux et ânes maltraités ou négligés des environs comme des îles voisines y trouvent refuge ; en retour, ils broutent les plantes invasives et fertilisent les arbres. « Après avoir vécu une vie à 1 000 à l’heure dans une mégalopole, m’investir dans un projet comme celui-ci est une façon de revenir à l’essentiel », explique-t-elle. Devenue association sans but lucratif en 2021, Mesovounia repose aujourd’hui sur son énergie, quelques amis et des bénévoles. On visite la ferme sur rendez-vous, on rencontre ses pensionnaires et on découvre un modèle où protéger l’animal revient aussi à réparer la terre et les cœurs abîmés.
« Après avoir vécu une vie à 1 000 à l’heure dans une mégalopole, m’investir dans un projet comme celui-ci, à Paros qui plus est,est une façon de revenir à l’essentiel. »
Kim van Dijk
Le soir, au port d’Aliki, la taverne Mouragio nous ramène, elle aussi, à l’essentiel : du poisson frais tout juste pêché, des légumes grillés, une table face à la mer… C’est sympa, bon et prisé des locaux (gage de qualité).
Le lendemain, une petite route de campagne nous emmène entre Aspro Chorio et Glyfa. Au bout, l’Atelier Noé Ceramics ressemble moins à une boutique qu’à une maison de famille perdue au milieu des oliviers. Les Suisses Pierre-Alain Wolff, que tout le monde appelle Petros, et son épouse Brigitte Thommen y vivent et y travaillent depuis presque 30 ans. Lui tourne la terre. Elle peint et émaille. Ensemble, ils dessinent des assiettes, des lampes et des objets aux lignes épurées, façonnés un à un, avec des émaux sans plomb et une cuisson alimentée par leurs panneaux solaires. « La céramique était compatible avec le mode de vie que nous voulions mener à Paros », racontent-ils. Leur isolement est devenu une signature. Ils ne souhaitent ni agrandir l’atelier ni industrialiser leur production. Petros et Brigitte observent d’ailleurs la transformation de Paros avec inquiétude : l’afflux de visiteurs et d’investisseurs apporte de l’argent, mais efface peu à peu, disent-ils, le caractère local de l’île.
De retour à la villa, un massage à l’huile nous remet d’aplomb avant de repartir en randonnée. Depuis Aliki, on traverse Ageria, on remonte un ravin entre les collines jusqu’au monastère d’Agii Theodori, puis on bascule de l’autre côté vers les maisons blanches d’Aspro Chorio. Là-haut, Paros se dévoile sans filtre : des collines sèches, la mer au loin et, sur le chemin, quasiment personne.
« La céramique était compatible avec le mode de vie que nous voulions mener ici. »
Petros Wolff et Brigitte Thommen
Le soir, retour à Parikia, où Mario Restaurant & Farm raconte Paros via sa gastronomie. Après plus de 17 ans à Naoussa, l’adresse s’est déplacée face à la mer. Mario et le chef Giannis Markoulis travaillent les produits de l’île avec inventivité : fèves en purée, calamars frits, orzo aux fruits de mer et au safran, poissons grillés, herbes, olives et vins grecs. Une cuisine authentique, ancrée dans les ressources agricoles et marines de Paros. Car ici, le local ne relève pas du storytelling : une grande partie des produits vient directement de la ferme du patron. Coup de cœur pour la horiatiki, la meilleure salade grecque du monde !
La dernière rencontre nous ramène à Aliki. Dimitra Skandali est née ici, dans une famille de 12 enfants et 31 petits-enfants. Elle a étudié à Athènes, Utrecht puis San Francisco, avant de revenir sur l’île avec des algues du Pacifique dans ses bagages. Elle les tisse et les crochète comme des filets de pêche, reliant ses années américaines aux gestes de son enfance. « J’emporte mon île partout avec moi. Mettre en avant sa culture et son savoir-faire est ma manière de la protéger », dit-elle. Dans la maison de ses parents construite en 1925, elle a créé Cycladic Arts, une résidence de 350 m2 où artistes, écrivains, commissaires et cinéastes viennent vivre, travailler et exposer. Chaque saison, trois résidents y disposent de chambres et d’ateliers ; les cours et les jardins deviennent des lieux de rencontre avec les habitants. Son ambition : offrir aux jeunes de Paros les horizons culturels qui lui manquaient lorsqu’elle était enfant et rêvait, depuis son île, de devenir artiste. Chez Dimitra, la tradition locale ne s’oppose pas à l’ouverture : elle s’enrichit au contact des créatifs venus d’ailleurs.
Mais il est déjà l’heure de reprendre la route… Pour le coucher du soleil, direction Parasporos et Zazala Beach Bar & Restaurant, installé sur une longue plage de sable bordée de tamaris et de rochers. C’est sans doute le plus beau spot de l’île pour regarder l’astre disparaître dans la mer. On s’installe sur la terrasse du resto, les pieds dans le sable, dans une atmosphère bohème et franchement laid-back, avec de la musique juste comme il faut et un service aux petits soins. Dans l’assiette, une cuisine méditerranéenne aux accents cycladiques, simple et bien exécutée. Une dernière halte qui résume assez bien le voyage : beau, simple, authentique.
« J’emporte mon île partout avec moi. Mettre en avant sa culture et son savoir-faire est ma manière de la protéger. »