« C’est Séville qui m’a choisie, pas l’inverse », raconte la propriétaire, déjà à l’origine d’un hôtel à Tarifa. Elle voulait aller plus loin, inventer un lieu plus vaste, plus incarné. Malaga avait été une option, mais c’est Séville qui l’a séduite, par sa densité culturelle et sa chaleur humaine. Elle y a trouvé cette maison patricienne, immense et endormie, dont les murs semblaient attendre d’être réveillés.

Derrière la façade, l’histoire s’est imposée au fil des restaurations. Un grand panneau d’azulejos (carreaux de faïence) du XVe siècle est apparu en creusant pour poser les sols chauffants. Les lettres ornementales qui courent sur la façade se sont révélées formées de minuscules personnages : une découverte qui a inspiré le logo de l’hôtel. Et dans le patio, en retirant le gravier, une autre surprise : de vieux carreaux surgis du passé, désormais intégrés à la fontaine.
Le jardin, lui, s’écarte volontairement des codes sévillans. Pas d’orangers taillés au cordeau mais un foisonnement libre : jasmins, palmier, olivier, citronniers odorants. « Je voulais quelque chose de luxuriant, déstructuré, vivant. Mais les citronniers sont restés : ils sont l’âme de la maison. » L’ensemble décline une palette vert et blanc qui dialogue avec les azulejos anciens et les chaises Gatti commandées sur mesure.
À l’intérieur, les salons en enfilade racontent une autre histoire : une cheminée monumentale réchauffe un espace orné d’œuvres animalières réalisées à partir de matériaux recyclés, la bibliothèque abrite une sélection éclectique où voisinent beaux livres et curiosités, un ascenseur tapissé de malles Vuitton vintage mène aux étages. Rien de figé, tout est détourné, assemblé, réinventé. Notre œil est happé.
Dans les chambres, chaque détail surprend. L’Italiana, 58 m², se distingue par une fresque et un plafond peint qu’un ambassadeur espagnol avait fait réaliser à son retour d’Italie. Restaurée avec soin, la pièce garde le parfum de l’histoire et la générosité des volumes. D’autres chambres s’ouvrent sur le patio ombragé ou sur le mirador, où la Giralda surgit comme une carte postale vivante. Le lieu abrite aussi une cave à vins, précieuse et inattendue, qui rassemble des références de Bourgogne et d’Espagne.
La Casa n’est pas un hôtel de luxe au sens classique. Elle ne revendique que deux étoiles, par choix. Ici, le petit-déjeuner est offert, servi sur des tables incrustées d’azulejos de Triana, tout comme le minibar. La piscine a été volontairement réduite pour limiter la consommation d’eau, seules deux chambres possèdent une baignoire. « Mon rêve était que mes invités se sentent comme chez moi, sans que l’argent ne soit au centre », insiste la propriétaire.
Avec ses 3 000 m² de salons, patios et jardins, La Casa del Limonero ne se raconte pas en catalogue mais en sensations. Comme une maison d’amis un peu folle, où l’on se surprend à vouloir prolonger le séjour, juste pour (peut-être) voir tomber une autre feuille de citronnier.
