Vite, la roue se réinvente !

Vélo et voiture ultraconnectés ou encore skateboard réinventé… La mobilité en terrain urbain change de braquet, misant sur l’ingéniosité et le style pour mieux tracer sa route. Par Virginie Dupont et Julie Nysten

Le deux-roues s’impose comme un acteur clé de la mobilité urbaine, notamment via les vélos à assistance électrique (VAE). Au contraire de ceux de Tenways, pour n’en citer qu’une, ceux de la marque belge Cowboy (photo) misent sur la vente directe pour mieux informer et accompagner le·la client·e. Mais son véritable atout est sa silhouette épurée, sa technologie avec application pour le (dé)verrouillage automatique, le suivi des performances, la navigation… Son assistance électrique adaptative assure aussi une conduite fluide. Avec son ADN évoquant Apple, Cowboy séduit grandement au Benelux et à l’international. Elle multiplie les collaborations, de Adidas à Uniqlo, pour une image lifestyle. « Nos utilisateurs restent des hardcore riders, avec plus de 150 trajets par an en moyenne, révèle Tanguy Goretti, cofondateur. En effet, Cowboy est leur principal moyen de transport, et nous voulons aller plus loin. » Comment ? En levant les freins à l’adoption du vélo en ville, notamment le vol et la sécurité, via un tracking et un système de détection d’accidents. À travers la collecte de données sur la pratique urbaine, Cowboy devient aussi un partenaire des métropoles, contribuant à fluidifier l’expérience  cycliste.

Le distributeur automobile D’Ieteren, lui aussi belge, l’a compris et a mis le pied à la pédale en lançant les boutiques Lucien, en 2022. Avec ses 23 adresses en Belgique, l’enseigne ne se limite pas à la vente : elle accompagne les cyclistes à chaque étape, du leasing à l’entretien, en passant par les équipements et accessoires. « Notre mission est de rendre le vélo accessible et de prendre soin des cyclistes. Le prénom Lucien traduit cette proximité, presque familiale », explique Karl Lechat, CEO slash « directeur sportif » comme il aime se présenter. Accessibilité, et style. Certains des modèles vendus par Lucien misent sur un design soigné, comme les vélos de course personnalisables Orbea,  (couleur du cadre, type de fourche, et même police du logo). Mais au-delà du design, c’est tout un écosystème qui évolue. L’essor du vélo électrique démocratise son usage, et les infrastructures suivent. « Chaque euro investi dans une bonne piste cyclable se traduit immédiatement par plus de sécurité et de fréquentation », souligne Lechat. 

Soigner son look

Du côté de la voiture individuelle, Microlino, du Suisse Micro Mobility Systems (et distribué par D’Ieteren), s’empare de cet enjeu en redessinant les contours de la micromobilité, encore peu exploitée dans les villes, afin de tordre le cou au gouffre énergétique que l’automobile représente encore. Son idée ? Minimiser le poids du véhicule (d’environ deux tonnes à 500 kg) et son volume, sans renoncer au confort ni à la sécurité. 100 % électrique, sans émission de CO2, Microlino veut optimiser les trajets urbains. Et parce qu’une révolution urbaine passe aussi par les yeux, son design est un levier. Pour asseoir son identité, Microlino a puisé dans l’héritage de la BMW Isetta, apparue dans les années 50 avec ses lignes rétrofuturistes et son habitacle réduit à l’essentiel. Résultat : une allure immédiatement reconnaissable, qui marque les esprits et trouve naturellement sa place dans les rues. Un retour aux icônes qui a le vent en poupe. La citadine Renault 5 E-Tech electric réinterprète aussi un modèle culte, celui éponyme de la firme française produit de 1972 à 1984 (lire aussi p. 26). Les modèles des Suédois Polestar et Volvo, aussi prisés, font rimer épure et innovation dans leurs nouveaux designs.

Le nouveau skatepark d’Anderlecht, à Bruxelles, adossé au Recypark, est signé d’architectes opérant en Belgique et en France. © S. FARVADIN, 51N4E

Backflip et design

Malgré leur dimension contestable en libre-service, les trottinettes font peu à peu leur grand retour. Aussi légère que son nom l’indique, la Française Plume permet par exemple de rouler looké avec une sécurité maximale.

Autre objet de mobilité urbaine, et de sport, le skateboard ne roule pas seulement pour ses aficionado·a·s. Au cœur de Bruxelles, le skatepark du Recypark d’Anderlecht est la partie visible de l’iceberg culturel de cette discipline. Pensé par les architectes de l’agence Les Marneurs et de 51N4E, et l’architecte-skateboarder finlandais Janne Saario, le complexe s’inscrit dans le paysage urbain comme un outil pour améliorer le quotidien. « La multifonctionnalité du skatepark peut être utile dans des villes à haute densité, soutient Saario. Le skate est l’exemple parfait d’une mobilité urbaine automotivée, ludique et fonctionnelle : utiliser l’espace existant et les structures urbaines pour créer un jeu, ou pour se déplacer d’un point A à un point  B. Le long de son parcours, le skateur fait des choix créatifs, adapte lui-même l’architecture et invente un nouveau sens à son environnement. Cette façon d’appréhender la ville peut inspirer la mobilité urbaine du futur… »

« Le skate est un moyen de locomotion durable, peu coûteux et écologique même si l’espace urbain n’est pas toujours adapté », détaille Astrid Puig, cocréatrice (avec son mari, le skater pro Lucas Puig) de la marque de skateboard Mino, qui s’adresse aux enfants qui aiment jouer dehors, le soleil dans les yeux sur leur planche fabriquée au Pays basque. « Cet objet porte aussi les valeurs de solidarité et de transmission des savoirs en ville. Le skate joue un rôle dans l’évolution du partage des espaces publics avec la création de skateparks ou de spots dédiés, des lieux d’inclusivité et vecteurs de lien sociaux. »

Le meilleur moyen de vérifier ces dires est de se rendre à l’exposition « Skateboard » au Design Museum Brussels (du 5 avril au 14 septembre). Initialement développée pour le Design Museum de Londres par le designer américain Jonathan Olivares, vice-président senior de la grande marque de mobilier Knoll, l’évènement célèbre le skateboard non comme un produit mais comme une pierre angulaire pour l’ouverture et la diversité. À travers son histoire au croisement de celles du design industriel et des mémoires collectives, elle partage une approche sociale et culturelle de l’objet et de sa pratique. Une expérience de choix pour surfer en toute conscience sur l’évolution de la mobilité urbaine, et réfléchir en mouvement.

Skateboard » au Design Museum Brussels va (enfin) permettre de faire découvrir le skate comme une clé de voûte de la mobilité urbaine. ©  F. Speller

 

La marque Mino Skateboard, ou la cool attitude à tout âge.